
Sassou Comlan KOUSSOUGBO
Editions Bénévent, 2007
ISBN : 978-2-7563-0446-5 – 118 pages
En choisissant un tel titre pour son texte, Koussougbo, comptait placer la partie de sa vie racontée dans ce texte sous le signe d’une profonde détresse physique, psychologique et matérielle : son enfance difficile passée dans un foyer polygame ; son éducation rigoureuse et martiale sous la férule d’un père sévère ; son maltraitement, au lendemain de la mort précoce du père, par des marâtres sans coeur et différents tuteurs, parmi lesquels ses propres frères aînés. Lorsque, jeune homme, il vole finalement de ses propres ailes, son militantisme dans l’opposition politique le conduira en prison puis en exil en Allemagne. Il est déporté au pays lorsque sa demande de l’asile politique est rejetée. Dans les dernières pages du témoignage, l’auteur embarque sur un bateau commercial en tant que mécanicien pour un nouvel exil – probablement celui-là qui l’a conduit en Italie où il vit actuellement.
Ce texte est qualifié de témoignage et il s’agit en effet du témoignage d’une vie. Si le témoignage littéraire est, en général, le récit d’une vie particulière, je ne suis pas sûr que Koussougbo ait bien réussi à illustrer ici la particularité de la sienne.
Son enfance difficile, non qu’elle soit inintéressante en soi, mais racontée de façon si détachée – Koussougbo le dit lui-même : « En pensant aujourd’hui, plus de trente années après, à ce moment crucial de ma vie, j’ai l’impression de ne pas être concerné. Je revois seulement de loin le petit garçon que j’étais alors, comme si je visionnais un film dont je ne serais pas le protagoniste. » (8) – et prosaïque, parvient difficilement à susciter de la compassion. En fait, on a même l’impression que cette enfance est plutôt banale, étant en effet celle de nombreux petits Togolais. Il aurait fallu à l’auteur une écriture beaucoup plus effective, un style plus engageant pour l’élever au rang sinon du singulier du moins à celui de l’empathique. Le maltraitement des enfants au Togo est un problème réel de société et de ce fait digne de l’attention des écrivains comme en témoignent d’ailleurs quelques textes de notre littérature (Une Esclave moderne d’Akofa, Do They Hear You When You Cry de Kassindja et Journal d’une bonne de Boutora-Takpa).
Si son militantisme dans l’opposition constitue sans aucun doute une dimension capitale de la vie de l’auteur au pays, on regrette cependant qu’il soit sous-traité. Il aurait été fort intéressant de le voir donner plus de détails sur ce militantisme. Par exemple, il ne dit jamais dans quel parti il a milité et quelle a été la nature véritable de son engagement. On sait qu’il a été fait prisonnier pour avoir chercher à mener une enquête sur la disparition de camarades de lutte. Mais pas plus. Est-ce par crainte de représailles quelconques que l’auteur a préféré s’auto-censurer ? C’est dommage. Un témoignage plus détaillé sur la lutte de l’opposition politique au Togo sous Eyadéma au tournant du nouveau millénaire telle que l’a vécue l’auteur aurait été d’une très grande valeur. Au lieu de cela, l’auteur nous donne un précis de l’histoire du Togo, puis brosse rapidement la répression politique sous Eyadéma.
Par contre, les déboires du demandeur de l’asile politique constituent un témoignage intéressant et à cet égard Une Vie de chiens peut rappeler Le Médicament de Zinsou, dédié exclusivement aux milieux des demandeurs d’asile en Allemagne. Le racisme mesquin, les rouages compliqués de la bureaucratie allemande et l’humiliation quotidienne qu’affronte Koussougbo sont assez bien décrits pour décourager les candidats à l’asile et illustrent le mieux la condition animale suggérée par le titre du texte.
Koussougbo a voulu écrire un témoignage sur une « vie de chiens », « une vie qui n’a pas été facile. » (6) Il ne fait pas de doute qu’elle a été difficile. Il a plusieurs fois pensé au suicide pour y mettre fin, surtout pendant son séjour allemand. Cependant, son endurance résultant de l’éducation martiale reçue et son instinct de survie face à tous les déboires de la vie ont toujours été plus forts. Ceci dit, il aurait fallu à l’auteur non seulement, comme je le disais ci-dessus, une écriture plus efficace mais aussi une composition plus rigoureuse et dramatique pour conjurer la difficulté de cette vie.
Koffi Anyinefa – Juin 2009