
Mensah HEMEDZO
Strasbourg : Association Plumes 2 Cœurs, 2007
ISBN : 978-2-9529219-1-6 – 172 pages
Monique Gauthier, chef du Rassemblement Populaire pour le Changement, rêve depuis une dizaine d’années de devenir la première femme présidente en France. Patiemment, la « Communauté », une secte religieuse satanique qu’elle dirige avec l’aide de personnalités importantes (avocats, juges et professeurs entre autres) de Strasbourg, infiltre toutes les institutions importantes de la ville, notamment la police et les medias. L’occasion va se présenter pour le groupe d’aller à la conquête de la présidence au lendemain des attentats de septembre 2001 aux Etats-Unis. La sécurité nationale étant devenue une question essentielle des campagnes électorales, Gauthier et ses acolytes en feront leur cheval de bataille principal, n’hésitant pas à provoquer eux-mêmes des incidents violents pour entretenir la psychose du terrorisme et faire mieux passer leur message électoral: une France puissante, militarisée, seule capable de protéger ses citoyens face au terrorisme étranger.
C’est dans ce contexte de campagne présidentielle sur fond de hantise collective du terrorisme qu’arrive le colonel William Canada à Strasbourg. Il a fuit la République Démocratique de Bollowie, son pays, pour éviter la justice après avoir tué par mégarde le vicieux colonel Nérest , fils d’Oscar Yétouma, le dictateur qui dirige le pays. Celui-ci demande l’extradition de Canada. Cependant, la requête pose problème : William est bellowien mais aussi américain. On décide alors « officiellement » de l’enlever et de le rapatrier en secret. Mais en réalité, il est désigné par la Communauté pour endosser un autre crime. A cet effet, l’un des deux policiers envoyés pour l’enlever, tue son collègue qui détenait des informations compromettantes pour la Communauté. C’est alors que William, aidé d’Aurélie, Hassan et Rolande, engage la lutte contre la Communauté et, méthodiquement, démantèle le groupe et met à nu ses actes criminels. En vainquant les membres de la Communauté, apôtres de l’Antéchrist, William et son groupe se font aussi le bras de Dieu (on notera un certain sous-texte chrétien dans le livre à travers la relation amoureuse entre William et Rolande) tout en sauvant la France de l’extrémisme de la droite politique. William ne sera pas extradié. Le Président lui propose même de diriger ses services de sécurité et il découvre son amour pour Aurélie. Tout se termine bien sauf qu’en cours de route Rolande meurt des tortures subies dans les geôles de la Communauté.
Le roman de Hemedzo s’inscrit dans la pure tradition policière avec ses assassins, ses coups de force, l’élimination de témoins, ses fonctionnaires corrompus, ses trafiquants de stupéfiants, sa violence spectaculaire, ses tortures sadiques, ses bons et méchants, ses gadgets de surveillance et autres armes sophistiquées à la James Bond, ses spécialistes de l’électronique, ses enjeux politico-idéologiques… et ses fins heureuses où le héros se retrouve dans les bras d’une ravissante femme après avoir mené à bien sa mission.
Hemedzo a su bien mener le suspense intrinsèque au genre par de nombreux rebondissements de l’intrigue. L’alternance fréquente des lieux et de l’action, si elle participe aussi de ce suspense, octroie en outre une facture cinématographique au texte. D’ailleurs, un des personnages du texte, Robert, qui se retrouve par hasard dans l’engrenage de l’histoire du côté de William et grand amateur de films hollywoodiens semble se croire en pleine fiction filmique même lorsqu’il frôle la mort. L’auteur reconnaît-il ainsi la pure fictionalité de certaines des situations de son texte ? Je pense notamment aux contingences de la formation de l’équipe de choc que rassemble William autour de lui: Aurélie, la richissime touriste strasbourgeoise rencontrée cinq ans plus tôt à Bellowie et auprès de laquelle il trouve refuge à Strasbourg après son forfait ; Hassan, le jeune étudiant musulman d’origine maghrébine, ancien membre de gang rencontré par hasard qui procure au groupe son matériel de guerre; Rolande, la jeune Chinoise vivant illégalement en France, battue et exploitée et que William arrachera des griffes de son maître. La transformation de ces personnages ordinaires en membres de commando intrépide est plutôt invraisemblable.
Par contre, c’est bien une certaine réalité sociologique et politique qui sert de back-ground à cette histoire: la psychose terroriste après les attentats du 21 septembre et la montée des extrémises de droite. Enfin, ceux qui connaissent Strasbourg et sa région trouveront certainement dans ce roman une certaine couleur locale.
Je ne peux pas terminer ce compte-rendu de ce livre sans mentionner la noblesse de l’idée à la base de sa publication : c’est pour aider les habitants Nyogbo-Agbetiko à construire une école en matériaux durables que l’auteur et une association strasbourgeoise, Plumes 2 Cœurs ont mis sur pied le projet Un livre pour une école : les bénéfices de la vente de ce roman iront intégralement à cette construction.
Koffi Anyinefa – Mai 2009