Dissirama BOUTORA-TAKPA
Lomé : Editions Haho, 2002
ISBN 2-913746-27-6 – 134 pages
Dans ce roman divisé en quatre parties, Agathe (ou Adjo quand on veut lui rappeler sa condition) raconte sa vie difficile de domestique sous la forme d’un journal.
La première partie, « Le Ghetto gabonais » (pp. 7-43) décrit comment la jeune fille de sept ans vivant à Lomé est confiée à sa grand-mère au village lorsque ses parents meurent. Négligée par l’aïeule, elle se laisse facilement séduire par les belles promesses d’une trafiqueuse d’enfants qui la vend au Gabon à une compatriote pour qui elle fera du commerce en compagnie d’autres jeunes filles à son compte. Abus physiques, humiliations, privations de toutes sortes sont à l’ordre du jour. Le jeune cerbère chargé de la surveillance des filles va même jusqu’à la violer alors qu’elle n’a que neuf ans. Sauvée par l’entremise de deux compatriotes rencontrées dans les rues de Libreville à qui elle raconte son calvaire, Agathe est libérée et rapatriée au Togo où elle est placée à la garde de son oncle.
Mais si son sort s’améliore légèrement au pays dans la deuxième partie du roman (« L’Enfer familial », pp. 27-43), elle devient rapidement le souffre-douleur de la tante qui la place chez sa belle-sœur pour se débarrasser du témoin encombrant d’une relation adultère qu’elle était devenue.
Lorsque la troisième partie (« Surprises du destin », pp. 45-126) se termine, Agathe est souffrante, suite à un avortement qui a mal tourné. L’auteur de la grossesse ? Féçal, l’enfant unique de la famille. Cette partie, la plus longue du roman, continue l’illustration des abus subis par Agathe et multiplie en même temps l’exploitation sexuelle dont elle est l’objet. Ce n’est pas seulement le fils unique de la famille, étudiant de son état, qui profite d’Agathe, mais aussi le chauffeur de la famille qui avant le fils, l’avait engrossée et fait avorter. Seules notes positives dans cette vie de souffrances, l’amitié de l’amie attitrée du fils de la famille qui l’éduque sur la sexualité et l’amour d’un jeune chauffeur de moto-taxi qui rêvait de l’épouser.
Dans un épilogue constituant la quatrième partie (pp. 127-134) et écrit par Féçal, nous apprenons qu’Agathe est morte. Comme on peut s’y attendre, c’est l’occasion pour celui-ci de plaider coupable et d’exprimer son remords et de réfléchir sur ses responsabilités dans la mort de la jeune fille.
Dans ce petit roman, Boutora-Takpa a su, de façon simple et réaliste, donner expression à la question de l’esclavage domestique. Le choix de la forme du journal s’y prêtait avec bonheur. Après Une esclave moderne d’Henriette Akofa (2000), il est intéressant qu’un autre Togolais ait abordé la question, sans doute de grande actualité au Togo. Il n’y a guère longtemps, le pays s’était fait une mauvaise réputation en tant que plaque tournante du trafic d’enfants vers d’autres pays, notamment vers le Gabon (voir « Borderline Slavery : Child Traficking in Togo », Human Rights Watch 15.8 (April 2003). Et puis, ce n’est un secret pour personne : la maltraitance de petites bonnes à tout faire est une pratique bien courante dans les familles aisées du pays. Espérons que ces textes apportent leur contribution à la sensibilisation sur ce phénomène.
Koffi Anyinefa – Octobre 2008
