
Gustave AKAKPO
Carnières-Morlanwelz (Belgique) : Lansman, 2006
ISBN: 2-87282—567-3 – 44 pages
Gustave Akakpo dans cette pièce de théâtre conjure les démons de l’histoire du continent africain (esclavage, colonialisme, indépendances ratées, guerres génocidaire, immigration, etc…) pour proposer, sur le mode du rituel cathartique une renaissance du continent. Le gardien de l’Oracle déclare sans ambages : « Cela fait une éternité que des yeux gourmands nous jettent un intérêt ambigu, se demandent si le moindre bien pourrait sortir de ce coin de terre. Eh bien, aujourd’hui nous allons changer la face de l’Histoire. Reine-mère, nous allons commencer la cérémonie. Le rituel. Reine-mère ? Le rituel de repentance pour qu’enfin une paix calibrée à l’échelle continentale nous dévierge de cette guerre. Un morceau de paix pour chaque portion de terre, pour chaque chef de guerre… Le temps presse, Reine-mère. Il nous faut enterrer le passé, renaître à la vie… » (7) Le rideau tombe sur une scène d’accouchement : la vieille Reine-mère donne naissance à une enfant sous les applaudissements du public.
Cependant, il n’a pas été facile de convaincre la Reine-Mère a danser la danse du rituel de purification. Il a fallu d’abord la sortir d’une cave de cimetière où elle s’est installée et a reconstitué son royaume dérisoire parmi la puanteur des chairs purulentes et les ossements et les ruines d’une gloire ancienne. Le gardien de l’Oracle et son fils Ilèfou l’y convaincront à force de flatteries, mais elle s’entendra dire toutes ses erreurs historiques par Ilèfou possédé par les Oracles. La Reine-mère fait alors acte de contrition en pleurant et chantant une berceuse pour tous ses enfants. Ainsi, dans un rêve, elle est confrontée à ses enfants de la diaspora américaine et de l’immigration européenne. Si les premiers reviennent pour essayer de comprendre la traite puis les guerres contemporaines sans haïr la Reine-mère, les seconds, aliénés mais malheureux dans leur exil, reviennent pour condamner, mépriser et violenter le continent : Ilèki qui les représentent tue sa mère.
La renaissance du continent a eu lieu comme on le sait. Mais faut-il interpréter la mort de la Reine-mère dans son rêve comme une certaine appréhension dans la quête de cette renaissance ? L’immigration comme la pierre d’achoppement à celle-ci ?
C’est un peu un défi que de vouloir rendre compte du texte d’une pièce de théâtre sans l’avoir vue sur scène. La pièce d’Akakpo, dans une bonne mise en scène pourrait avoir un effet cathartique comme l’entendait Aristote. Notons pour terminer, coté littéraire, quelques réminiscences de Sony Labou Tansi – à qui Akakpo reconnaît sans doute sa dette en le citant en exergue – et Kossi Efoui (dans le discours du personage du photographe) ainsi que quelques clins d’œil à Frantz Fanon, Camara Laye, Ferdinand Oyono, Ake Loba, René Maran, Cheikh Hamidou Kane, Sembène Ousmane (tous à la page 27) et Ahmadou Kourouma (p. 30).
Koffi Anyinefa – Février 2009