Chemins de croix

chemins

Kangni ALEM
Paris : Ndzé, 2005
ISBN: 2-911464-25-7 – 63 pages

Deux étudiants, Amouro et Amel Kanye, sont en prison pour avoir distribué des tracts réclamant pour les étudiants « une meilleure répartition des bourses. Sans tenir compte de [leur] ethnie. L’amélioration des conditions de transport et de restauration. La création d’emplois, la liberté d’expression, la libération des étudiants enfermés dans les prisons de l’Empire. » (14). Le tête-à-tête entre les deux jeunes gens (interrompu par l’intervention du gardien de prison, de l’Aumônier, Lucette, la petite amie d’Amouro) offre à Alem l’occasion de réfléchir sur les chance de l’idéal révolutionnaire face à une réalité existentielle : comment rêver de changer positivement le pays lorsque de tous les côtés surgissent surtout tentations matérielles et affectives ?

Amouro incarne l’idéal du révolutionnaire pur, celui-là qui ne se pose pas de questions en ce qui concerne son engagement, qui ne sait/veut « parler qu’avec son cœur. » (10). Amel, lui, fils-à-papa et frère ethnique de l’Empereur (et de ce fait profitant du favoritisme ethnique de rigueur dans le pays) compose beaucoup plus avec la dimension matérielle de la vie et reconnaît qu’il « arrive à tout homme de sentir dans sa chair la peur, la souffrance, la faim, le froid et la soif » (10-11).

Il serait cependant trop simple de caractériser ainsi les deux protagonistes. Amouro « parle » aussi parfois avec sa chair et oublie son idéal,en exprimant par exemple sa haine pour les membres de l’ethnie du président. Il s’en excuse lorsque Alem le lui fait comprendre. Pareillement, Alem sait parler aussi avec son cœur, ou du moins y aspire. Les deux jeunes gens font front commun à l’Aumônier, un ancien opposant rentré dans les rangs, venu leur proposer la liberté en échange de la trahison de leurs camarades dont ils devraient fournir l’identité. A deux, ils profitent de l’occasion pour dénoncer les exactions du régime et pousser l’Aumônier à expliquer son propre retournement. Amel va cependant accepter le pacte lorsque l’Aumônier lui remet une lettre qui lui apprend l’arrestation de ses frère et sœur. Amouro est désormais tout seul dans sa cellule. Un peu plus tard, Lucette, sa petite amie, arrive pour le convaincre de dénoncer ses camarades. Il refuse. La voix du speaker annonce la fin de la grève estudiantine et la reprise des cours – et aussi la fin de la pièce : « Tu vois, ça n’a plus de sens, Amouro. Le drame est fini […] Ton rôle est terminé ! Donne-lui [à l’Aumônier] des noms et partons ! » (61)

Par ce petit artifice habile, Alem nous rappelle que nous sommes bien au théâtre qui, même lorsqu’il tend à imiter la réalité, n’est après tout que fiction, espace discursif de possibilités et de rêves entre les mains du dramaturge. L’écrivain dont des extraits du journal posthume constitue la pièce – double d’Alem qui du reste a prêté son nom à Amel Kanye – intervient ici pour décider de la mort d’Amouro non sans la protestation de celui-ci. Et en effet, Amouro est fusillé. Est-ce par les « vaillants militaires » de l’Empire comme l’annonce le speaker ou par la volonté de l’écrivain ? Peu importe. L’essentiel est que Amouro est mort. Il n’a pas trahi son idéal révolutionnaire et sa mort ne passe pas inaperçue comme il le craignait.

Voici une pièce qui, en trois séquences ou actes, illustre éloquemment les difficultés de l’engagement politique estudiantin dans un pays africain – qui n’est pas sans rappeler le Togo – de la fin des années 80 étouffant sous la dictature, mais reconnaît en même temps le potentiel révolutionnaire et les limites de la littérature.

 Koffi Anyinefa – Février 2009

L’Equilibriste

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Victor ALADJI
Yaoundé: Editions Clé, 1972
52 pages

C’est sur fond de désillusions post-coloniales que ce déroule ce texte de Victor Aladji. L’indépendance (’Ablodé’) pour laquelle ont lutté Koumi et ses amis, notamment Freddy, n’a pas apporté les changements escomptés: “L’indépendance, n’était-ce pas, après tout, ce noircissement de l’administration avec la conservation par-ci, par-là, de quelques taches blanches sans doute en guise de décoration?” (39), se demande un personnage.

Koumi, après s’être engagé dans la milice du Togo indépendant, s’est reconverti en une sorte de Robin des Bois, volant les riches et les puissants pour compenser sa désillusion des indépendances. A la fin du texte, on le retrouve à Tengodogo, en Haute-Volta (aujourd’hui Burkina Faso) où il s’est planqué après un dernier coup.
Un Robin des Bois togolais, un Arsène Lupin togolais? Peut-être. Mais Koumi ne distribue pas ce qu’il prend aux riches. Ses activités de hors-la-loi ont peut-être  caractère de subversion ou d’opposition politique — peut-être parce que Aladji suggère parfois beaucoup plus qu’il n’élabore: “J’ai repris la lutte politique que je n’avais en fait toujours pas abandonnée. J’appartiens à une organisation secrète qui a des buts nobles” (51-52), écrit-il depuis Tengodogo à Freddy qui est en prison pour lui avoir facilité son coup. Quels sont ces buts politiques nobles? On n’en sait rien. Tout ce qu’on sait, c’est que Koumi et Freddy ont été des militants nationalistes et ont contribué à délivrer le pays de l’oppression coloniale. Mais précisément comment? C’est ce qu’on n’apprend pas non plus.
S’il faut caractériser génériquement ce texte, il faut convenir que ce n’est pas une nouvelle parce qu’abordant trop de sujet sà la fois, même si le personnage de Koumi sert de fil unificateur à Aladji. Il ressemble beaucoup plus à un roman à peine ébauché en une cinquantaine de pages.

Koffi Anyinefa — Février 2009

Femme infidèle


Sadamba TCHA-KOURA
Lomé: Nouvelles Edtions Africaines, 1988
ISBN: 2-7236-0961-8 — 142 pages
 
Raconté à la première personne, ce roman est un réquisitoire contre la polygamie et le mariage forcé : Talahatou, l’héroïne et la narratrice, a été obligée à épouser Morou, qui devient de ce fait polygame. Loin de condamner l’infidélité des femmes comme peut le suggérer son titre, le roman en donne plutôt une explication à travers le destin de son héroïne.
L’ouvrage s’ouvre sur une violente scène de ménage. Talahatou, qui hait son mari – elle va jusqu’à souhaiter sa mort afin de recouvrir sa liberté – refuse de le laisser consommer son mariage : les époux échangent des coups, inaugurant ainsi le début d’une cohabitation houleuse. Pour se venger de sa détestable situation conjugale, Talahatou cocufie son mari et rentre chez sa mère au village où Morou vient la chercher pour la ramener à Lomé.
Malgré ces mauvais rapports conjugaux, Talahatou sait être généreuse. Par exemple, lorsque son mari est incapable de payer les arriérés du loyer de l’unique chambre qu’ils occupent, elle se prostitue pour sauver la situation. A la fin du roman, le mari se propose de prendre une troisième femme. Talahatou plie alors bagage, espérant pouvoir rejoindre Safiou, le jeune homme dont elle est amoureuse. Celui-ci n’est pas au rendez-vous et tout laisse croire que Talahatou retournera dans le foyer polygame qu’ont rejoint entre-temps des frères et cousins de Morou. « La société Tem m’avait rongé les ailes le jour de ma naissance, elle ne me lâcherait pas. » C’est sur cette note pessimiste que se termine le récit, condamnant ainsi l’héroïne à son destin.
L’auteur se fait le porte-parole des femmes pour condamner la polygamie et l’union non consentie, aussi bien dans leurs aspects économiques, affectifs que moraux. Morou, le mari, est un oisif incapable de subvenir aux besoins de sa famille. Il a même dû s’endetter pour épouser Talahatou. A l’arrivée de celle-ci dans le foyer, il néglige complètement Dahana, sa première femme qu’il humilie fréquemment, n’ayant d’yeux que pour Talahatou. Evidemment, Dahana est jalouse et méprise ouvertement sa co-épouse, qui, par contre, ne s’en offusque pas. Talahatou comprend sa rivale, se considérant elle-même comme une intruse, responsable des malheurs de l’autre. Côté moral, la promiscuité dans laquelle vivent les membre du foyer est difficile. Si l’héroïne reconnaît l’existence de motifs variés pour l’infidélité de la femme, elle explique la sienne comme une réaction à son mariage forcé et à la polygamie, ainsi qu’à une volonté d’affirmer sa dignité.
Même si le combat féministe que mène Talahatou s’inscrit dans la perspective globale de l’émancipation de la femme africaine, c’est surtout la société Tem islamisée du Centre Togo qui est prise ici en défaut à travers des pratiques comme l’excision, la polygamie, le mariage forcé, les prescriptions vestimentaires pour la femme, etc. Ce n’est pas l’Islam en tant que tel qui est condamné, mais son interprétation radicale au profit des hommes. En définitive, ce sont les hommes Tem qui se retrouvent sur la sellette dans le roman, depuis les maris irresponsables jusqu’aux jeunes amants fougueux : aucun d’eux n’est respectueux de la personne de la femme Tem que l’auteur vise à réhabiliter.
Si le premier roman de Tcha-Koura – plutôt connu aujourd’hui sous le nom de Sami Tchak – ressemble par ses thèmes dominants par exemple à Une si longue lettre de la Sénégalaise Mariama Bâ ou voire à Do They Hear You When You Cry, l’autobiographie de sa compatriotre à lui, Kassindja Fauziya publié en 1998, il pêche par son militantisme généreux mais quelque peu forcé, ainsi que par son ton discursif, surtout au début du texte. Cependant, sur le plan sociologique, ce roman a le mérite d’aborder le problème de l’exode des femmes Tem vers la capitale du pays, Lomé, et vers les grandes villes du Nigéria où elles ne jouissent pas toujours de la meilleure réputation.
 
Koffi Anyinefa – Février 2009
*Compte-rendu initialement paru dans Ambroise Kom : Dictionnaire des œuvres littéraires de langue française en Afrique au Sud du Sahara. Volume II. San Francisco : International Scholars Publications, 1996. Repris ici avec quelques légères modifications.
 
 
 

Destins enchaînés

Kangni DJAGOE-KANGNI
Lomé : Nouvelles Editions Africaines, 1988
ISBN: 2-7236-0962-6 – 67 pages
La nouvelle raconte l’histoire d’un jeune couple de villageois. Pour jeter les bases économiques de son foyer, Avétumé quitte Damavé, le village natal, pour Alama, la capitale du pays, promettant à sa femme Tounké de revenir dès qu’il aura épargné assez d’argent. Le début de son séjour en ville est plutôt difficile : après près de dix mois de chômage, il trouve enfin du travail chez un commerçant et envoie régulièrement de l’argent à sa femme. Trois ans après son arrivée en ville, Avétumé tombe amoureux d’Aboura et l’épouse, alors que Tounké attend désespérément son retour au village. Apprenant la nouvelle du mariage de son mari, cette dernière décide de le rejoindre à Alouma contre le gré de ses parents et du conseil de village. Entre-temps, Avétumé purge une peine de prison pour avoir laissé Aboura disparaître avec la caisse du commerçant qu’il avait ramenée chez lui un soir. Yatenga et Kaglitso, deux amis, négocient sa libération. Avétumé et Tounké se retrouvent alors et quelques mois plus tard, ils attendent un enfant.
Ce happy-end n’a été rendu possible que par une pratique traditionnelle, celle de la « fille enchaînée » : « Tout homme qui prenait femme fabriquait un bracelet et une bague pour la partenaire de sa vie. Ainsi, s’il arrivait qu’un jour la femme commît ne infidélité à l’endroit de son mari, la sanction exige que la main de celle-ci fût coupée et que le bracelet et la bague fussent remis au mari ».
La tradition, dans l’ensemble, est peinte ici avec sympathie. Cependant, le sort qu’elle réserve à Tounké montre bien qu’elle comporte des injustices et des contradictions. Ses prescriptions relatives au statut matrimonial sont problématiques, sans faire état de son caractère foncièrement sexiste, que serait-il advenu de Tounké si elle ne s’était décidée à rejoindre son mari en ville ? La tradition lui prescrivait l’attente. En l’enfreignant, elle a fait preuve de courage et d’esprit d’initiative pour sauver sa situation ambiguë et par conséquent, aussi paradoxal que cela puisse sembler, la tradition elle-même qui aurait été incapable de résoudre le problème sans se remettre en question. A l’image de cet exemple concret, la tradition devrait surmonter ses ambiguïtés pour survivre. Est-ce là le sens inscrit dans les actions de Tounké ? On peut y lire aussi la profondeur de l’amour qu’elle nourrit pour Avétumé et qu’elle cherchait à out prix à défendre.
La structure topographique binaire village/ville et leur opposition rendent compte de l’antagonisme de ces deux espaces. Si le village semble l’emporter sur le plan affectif et social (solidarité, serviabilité, politesse) sur la ville, il est économiquement perdant : c’est ce qui explique le départ d’Avétumé pour la capitale. Ici règne cependant l’individualisme et les conditions de vie y sont difficiles. L’auteur la compare à une jungle, à un labyrinthe, à une forêt. Ces métaphores sont soutenues par l’expérience de quelques personnages et par quelques situations fortes : la longue quête de travail du protagoniste et sa misère ; la concussion des hauts fonctionnaires de l’Etat, tel ce directeur des Mines qui se retrouve finalement en prison pour détournement de deniers publics ; le matérialisme des femmes. Cependant, certains personnages y tentent de préserver la solidarité villageoise : Yatenga qui héberge Avétumé pendant tout le temps qu’il est au chômage ; sa femme Nkoné qui apporte à manger au héros en prison ; Kaglitso qui arrange sa libération.
Le village et la ville ont chacun leurs avantages et désavantages. La symbiose de leurs valeurs positives respectives assurerait un bel équilibre.
Il faut fournir un certain effort pour trouver le fil conducteur dans la nouvelle et lui donner une interprétation valable. Non pas qu’elle soit hermétique (au contraire, elle est écrite dans une langue très sobre parsemée ici et là de ‘togolismes’ – ‘apatam pour abri et concession poour cour d’une maison par exemple) mais il y manque les éléments narratifs producteurs de sens : l’auteur ne semble pas avoir bien maîtrisé le genre littéraire qui était le sien.
Destins enchaînés est sans doute l’histoire d’un amour fidèle, mais thématise aussi peut-être la confrontation de la « tradition » et du « modernisme », une des plus vieilles questions des littératures africaines en langues européennes.
 
Koffi Anyinefa – Février 2009
*Compte-rendu initialement paru dans Ambroise Kom : Dictionnaire des œuvres littéraires de langue française en Afrique au Sud du Sahara. Volume II. San Francisco : International Scholars Publications, 1996. Repris ici avec quelques légères modifications.
 
 
 

Catharsis

catharsis

Gustave AKAKPO
Carnières-Morlanwelz (Belgique) : Lansman, 2006
ISBN: 2-87282—567-3 – 44 pages

Gustave Akakpo dans cette pièce de théâtre conjure les démons de l’histoire du continent africain (esclavage, colonialisme, indépendances ratées, guerres génocidaire, immigration, etc…) pour proposer, sur le mode du rituel cathartique une renaissance du continent. Le gardien de l’Oracle déclare sans ambages : « Cela fait une éternité que des yeux gourmands nous jettent un intérêt ambigu, se demandent si le moindre bien pourrait sortir de ce coin de terre. Eh bien, aujourd’hui nous allons changer la face de l’Histoire. Reine-mère, nous allons commencer la cérémonie. Le rituel. Reine-mère ? Le rituel de repentance pour qu’enfin une paix calibrée à l’échelle continentale nous dévierge de cette guerre. Un morceau de paix pour chaque portion de terre, pour chaque chef de guerre… Le temps presse, Reine-mère. Il nous faut enterrer le passé, renaître à la vie… » (7) Le rideau tombe sur une scène d’accouchement : la vieille Reine-mère donne naissance à une enfant sous les applaudissements du public.

Cependant, il n’a pas été facile de convaincre la Reine-Mère a danser la danse du rituel de purification. Il a fallu d’abord la sortir d’une cave de cimetière où elle s’est installée et a reconstitué son royaume dérisoire parmi la puanteur des chairs purulentes et les ossements et les ruines d’une gloire ancienne. Le gardien de l’Oracle et son fils Ilèfou l’y convaincront à force de flatteries, mais elle s’entendra dire toutes ses erreurs historiques par Ilèfou possédé par les Oracles. La Reine-mère fait alors acte de contrition en pleurant et chantant une berceuse pour tous ses enfants. Ainsi, dans un rêve, elle est confrontée à ses enfants de la diaspora américaine et de l’immigration européenne. Si les premiers reviennent pour essayer de comprendre la traite puis les guerres contemporaines sans haïr la Reine-mère, les seconds, aliénés mais malheureux dans leur exil, reviennent pour condamner, mépriser et violenter le continent : Ilèki qui les représentent tue sa mère.
La renaissance du continent a eu lieu comme on le sait. Mais faut-il interpréter la mort de la Reine-mère dans son rêve comme une certaine appréhension dans la quête de cette renaissance ? L’immigration comme la pierre d’achoppement à celle-ci ?
C’est un peu un défi que de vouloir rendre compte du texte d’une pièce de théâtre sans l’avoir vue sur scène. La pièce d’Akakpo, dans une bonne mise en scène pourrait avoir un effet cathartique comme l’entendait Aristote. Notons pour terminer, coté littéraire, quelques réminiscences de Sony Labou Tansi – à qui Akakpo reconnaît sans doute sa dette en le citant en exergue – et Kossi Efoui (dans le discours du personage du photographe) ainsi que quelques clins d’œil à Frantz Fanon, Camara Laye, Ferdinand Oyono, Ake Loba, René Maran, Cheikh Hamidou Kane, Sembène Ousmane (tous à la page 27) et Ahmadou Kourouma (p. 30).
 
Koffi Anyinefa – Février 2009

Le Petit monde merveilleux


akakpo

Gustave AKAKPO
Paris: Grasset-Jeunesse, 2007
ISBN: 45 pages —  

Le petit monde merveilleux de Kékéli, jeune garçon de 10 ans, c’est le tableau pittoresque que lui présente son village lacustre au coucher du soleil : « De ma terrasse, j’ai regardé le soleil se transformer en un disque rouge, et se faire capturer peu à peu par l’eau. Splendide ! Il s’immergea progressivement dans le lac. La nuit tomba, calme, à l’exception des grillons qui se lançaient des cris d’amour. Puis, toutes les lumières de la ville tombèrent dans l’eau. Le doux mouvement du lac les faisait danser à la surface. Au-dessus, le ciel obscur portait ses mille et une petites lumières comme un magnifique manteau perlé (25).
Malheureusement, ce monde disparaît et il ne pourra pas le montrer à Amivi, la jolie sœur d’un camarade de classe dont il s’est entiché. C’est qu’un beau jour, ce beau spectacle s’est estompé : le lac dont le niveau d’eau a considérablement baissé au cours des années à cause de l’irrégularité des pluies (due elle-même au déboisement de la région (21)) a commencé à émettre une odeur pestilentielle lorsque ses eaux sont devenues verdâtre et qu’à leur surface sont apparues les déchets que les habitants y avaient jeté. S’en suit une épidémie de choléra que contractent le frère et la sœur de Kékéli qui, heureusement, s’en remettront. Le village sera finalement évacué pour permettre à l’assainissement du lac.
Ce petit livre destiné à la jeunesse (7 ans et plus, comme l’annonce la quatrième de couverture) est un véritable manifeste écologique. Kékéli, à la fin du texte, se promet ceci : « si un jour je dois avoir des enfants, peut-être avec Amivi, je dois faire tout mon possible pour que le lac guérisse. Pour mes enfants. » (42). Et déclare en outre : « Lébéné » : Prends soin de la nature ! « Lébéné », c’est aussi le nom qu’il décide de donner à son journal. C’est que Akakpo propose son texte sous la forme d’un journal intime, un vieil agenda de son père – qui avait servi de couvre-verre ou d’éventail – auquel il confie ses pensées.
Voici un beau petit livre dans lequel Akakpo a su restituer avec une sensibilité remarquable l’univers d’une enfance togolaise. A inscrire au programme des écoles primaires.
 
Koffi Anyinefa – Janvier 2009